Carte (s) de la criminalité : une déconstruction

L’article qui suit est largement inspiré d’une séquence didactique menée avec des élèves de niveau secondaire II (lycée, gymnase). Il s’agit de mener une réflexion sur la nature des cartes thématiques, leurs avantages, leurs limites et, finalement, de déconstruire l’illusion partagée par beaucoup que la carte relève de la « vérité ». Les cartes sont des outils puissants qui sont de nature à transformer la représentation que l’on se fait d’un territoire ou d’une thématique. Les enjeux sont particulièrement importants lorsque les cartes participent de la construction d’un imaginaire social tendant à stigmatiser ou cataloguer certains territoires, comme dans le cas spécifique de la cartographie de la criminalité. On peut penser aux quartiers difficiles ou sensibles, aux zones précarisées, aux territoires de désaffiliation sociales, etc. Chaque territoire renvoie à des croyances et des imaginaires, à des représentations, qui ont des effets concrets. Sur la désirabilité, sur les trajectoires résidentielles, sur les processus de recherches d’emploi (d’où l’idée de CV anonymes permettant de cacher certes l’origine ethnique, l’âge, le genre, mais également l’adresse géographique des candidat.e.s), sur la manière dont on conçoit le monde, tout simplement. Concernant la cartographie de la criminalité, on relèvera aussi les enjeux politiques de la question et de sa représentation cartographique, étant donné que cette question a toujours été, au moins depuis le XIXe siècle, un enjeu électoral dans les démocraties, ce dont témoigne par exemple en France l’usage du discours sur l’insécurité lors de la campagne présidentielle de 2002, qui a été bien étudié (voir par exemple Laurent Muchielli ici), ou l’usage récurrent de cette thématique par l’UDC en Suisse depuis une trentaine d’année.

Cela a été mainte fois dit et répété, les cartes, comme les graphiques, les photographies, les films, les discours, sont des représentations construites du monde. Cela signifie que, derrière une carte, il y a un ou des auteurices qui font des choix : choix des données et de leurs classements, des échelles, des figurés sémiologiques, des thématiques représentées, des couleurs, etc. Cela signifie aussi, qu’il y a de multiples manières de représenter un même phénomène géographique ou social par le biais d’une carte. Pourquoi répéter ici ce qui constitue la base même de l’approche scientifique de la cartographie ? Tout simplement parce que les cartes ont, tout comme les statistiques, et peut-être plus encore, cette caractéristique de souvent apparaitre comme une représentation « scientifique » de la « vérité ». Quiconque se retrouve face à une carte ne peut de plus entamer un dialogue direct avec le cartographe pour le questionner : le rapport entre le lecteur et la carte est direct, sans filtre, et sans explication. Tel est le territoire. Tels sont les données. Telle est la vérité. À l’âge des réseaux sociaux et de la consommation rapide des images, ces assertions sont d’autant plus vraies. On ne prend tout simplement pas le temps, ou l’on n’a tout simplement pas la formation nécessaire et les savoirs requis pour jeter un regard critique sur les représentations cartographiques qui nous sont soumises quasi quotidiennement.

L’idée est ici de partir de la carte de la criminalité dans le canton de Vaud telle qu’elle apparait sur le site de l’Atlas statistique vaudois.

Ci-dessus, l’image est statique, mais l’Altas statistique vaudois est interactif et permet de questionner et obtenir des chiffres pour chaque entité géographique (ici des communes). Nous utiliserons ces fonctions interactives pour aller plus loin dans l’analyse.

Lorsque je présente cette carte à mes élèves, je leur dis simplement qu’il s’agit d’une carte des infractions dans le canton de Vaud, et qu’on peut obtenir les chiffres pour chaque commune. Le premier regard ne peut être que global, général. Et ici le message sémiologique est relativement clair : le canton de Vaud est rouge. Plus ou moins rouge. Nous reviendrons par la suite sur cette sémiologie qui pose question. Seules quelques zones semblent échapper à un problème qui semble particulièrement aigu dans certaines zones. Mais dans tous les cas, l’affaire à l’air sérieuse.

Généralement nous passons quelques minutes à trouver les chiffres pour leurs communes respectives. Ainsi Vevey est à 74.6, Aigle à 55.9, Montreux à 78.3, Château-d’Oex à 20.3, … Puis nous allons voir Lausanne et ses 80.4 et quelques autres communes. C’est généralement un bon moment de rire et de partage, entre étonnement et confirmation des préjugés. On y a apprend que, décidément, il y a plus de criminalité en ville, et dans certaines villes ou communes en particulier.

Puis systématiquement vient la première question intéressante : « Mais monsieur, ça représente quoi ces chiffres? »

Je les renvoie au titre de la carte « Nombre d’infractions au code pénal enregistrées par les polices pour 1000 habitants« . La déconstruction peut commencer. Première question : qu’est-ce qu’une infraction au code pénal ? Réponses multiples et variées. Les évidences sont vite expédiées : trafic de drogue, coups et blessures, viols, meurtres, cambriolages, vols à l’étalage, etc. Puis vient le temps des informations qu’ils / elles ignorent souvent : calomnie, diffamation, injures, infraction à la norme pénale antiraciste, menace, blanchiment d’argent, etc. L’occasion de leur rappeler que ce qui relève du pénal en Suisse ne relève pas forcément du pénal à l’étranger, et vice-versa : cela relève d’une volonté politique qui peut évoluer au cours du temps. Ainsi nous somme face à un indicateur composite qui va allégrement mélanger les poires et les pommes : dans un même chiffre, nous trouvons réuni les meurtres et les injures, les viols et les menaces, ou encore le trafic de drogue et les insultes racistes. L’une des questions que nous pouvons nous poser est la suivante : dans ces chiffres, quelle est la proportion de vols ? De meurtres ? D’injures ? Et dans chaque entité géographique, s’agit-il de la même « criminalité » ? Nous pouvons donc déjà nous rendre compte d’une chose : l’indicateur utilisé est tellement composite qu’il ne sert quasiment à rien. Cette carte est presque par définition inutile, parce que grossière. Et une analyse plus approfondie nous apprendrais que l’immense majorité des infractions est ici constituée de… vols et d’infractions contre le patrimoine (37 000 infractions sur un total de 41 000 en 2020 dans le canton de Vaud).

Deuxième question : que signifie « Nombre d’infractions au code pénal enregistrées par les polices pour 1000 habitants » ? Derrière cette simple mention se trouve de fait un immense enjeu, qui est celui de bien comprendre ce qui est cartographié. Ici, nous sommes face à ce qui s’appelle la criminalité « apparente », c’est-à-dire les infractions qui ont été effectivement constatée par la police. Soit que des plaintes aient été déposées, soit que l’infraction a été constatée de fait. En d’autres termes, il ne s’agit pas d’une représentation cartographique de la réalité des infractions effectivement commises, mais d’une représentation cartographique de ce qui a été constaté par la police. Pour avoir une vision plus globale des infractions commises, les chercheurs se basent notamment sur les enquêtes de victimisation, qui permettent de prendre en compte les infractions effectivement subies par une population x. On sait que certaines infractions sont dénoncées avec un très haut degré de plaintes déposées : c’est le cas notamment des vols, parce qu’il y a des enjeux liés au remboursement par les assurances. Par contre d’autres délits, comme les violences sexuelles, ont un taux de dénonciation très bas (peur des représailles, difficulté à dire, système patriarcal, etc.). D’autres aspects jouent encore : accessibilité des postes de police, effectifs policiers, focalisation de la police sur certaines infractions, campagne d’information pour inciter les citoyens à porter plaintes, évolution des mœurs et des mentalités face aux dépôts de plainte, etc. Ainsi, un taux d’infraction qui grimperait par rapport aux violences sexuelles ne signifie pas forcément qu’il y a plus d’infractions commises : si ce taux monte en raison d’un taux de reportabilité plus important, alors on pourrait considérer que c’est plutôt une bonne nouvelle, dans le sens où les victimes déposent plus souvent plainte. Il faut aller plus loin encore : c’est depuis peu et à certaines conditions strictes que la fraude fiscale constitue un délit pénal : combien d’enquêteur sur ce délit en particulier ? Quelles forces mobilisées ? On le voit bien, le fait de faire apparaitre une catégorie dans un code pénal ne suffit pas : encore faut-il se donner les moyens de lutter contre les infractions. Dès lors cette carte n’est pas une carte de la « criminalité », mais une carte de la criminalité enregistrée par la police, ce qui n’est vraiment pas la même chose! La liste des facteurs influençant la vision policière du phénomène est tellement large et complexe qu’on pourrait en arriver à la conclusion que cette carte obscurcit certains délits (criminalité en col blanc, financière, fiscale, machiste, etc.), quand elle prête une attention « démesurées » à certains autres.

Mais revenons à notre carte, qui est munie d’une légende :

Première observation : le code couleur. Ici un dégradé de rouge est utilisé. On joue évidemment sur la symbolique du rouge, qui renvoie au danger. Mais après tout, on pourrait aussi s’amuser avec le code couleur et donner une autre représentation du phénomène, peut-être un peu moins anxiogène :

Deuxième observation : le classement des données. Ici nous nous trouvons face à un classement des données par quintile : cela signifie qu’on a divisé les données en cinq classes, chacune sa couleur, qui regroupe environ 60 entités géographiques, à part la classe qui a les chiffres les plus élevés (47 entités). La moyenne cantonale (51.8) a été retenue comme valeur seuil. En d’autres termes, les communes qui ont un taux supérieur à 51.8 forment une classe, et les autres 4 différentes. Bien plus, dans la première classe, nous retrouvons 47 valeurs qui s’étalent de 51.8 à 201.8, alors que les 255 autres entités vont de 0 à 51.8, divisées en quatre classes différentes… À ce stade, la manière dont les données sont classées ne permettent pas une vision fine, voir donne des informations erronée. Ainsi, une commune ayant un taux de 60 est de la même couleur qu’une commune ayant un taux trois fois plus important… Sur le site de l’Atlas statistique du canton de Vaud, cela permet néanmoins de pouvoir isoler les entités par classes et par exemple de faire ressortir toutes les entités qui ont un taux supérieur à la moyenne cantonale :

Une modification des différentes classes permet d’avoir d’autres représentations et information sur la criminalité apparente dans le canton de Vaud. Ici, nous avons modifié les classes manuellement, de telles manières à avoir à nouveau cinq classes différentes : 0 à 25, 25 à 50, 50 à 75, 75 à 100 et plus de 100. Cela nous permet notamment d’isoler les cas extrêmes et d’avoir une vision plus fine en fonction des taux d’infraction.

D’autre part, par rapport à notre première carte, nous évitons de surcharger la carte d’un rouge vif laissant croire que le canton de Vaud est à feux et à sang. Avec cette manière de classer les données, nous commençons à avoir une carte qui peut être plus simplement commentée.

Concernant les valeurs extrêmes, c’est-à-dire supérieures à 100, nous trouvons trois communes : Montagny-près-Yverdon (125.5), Allaman (208) et Treytorrens (144).

Nombre d’infractions au code pénal enregistrées par les polices pour 1000 habitants
les 10 premiers (communes)
TerritoiresValeur
5425 – Bière79,7
5586 – Lausanne80,4
5412 – Rennaz81,4
5415 – Yvorne81,5
5498 – La Sarraz83,9
5485 – Grancy90,7
5714 – Crassier98,8
5922 – Montagny-près-Yverdon125,8
5828 – Treytorrens144,1
5851 – Allaman201,8

Source : OFS, Statistique policière de la criminalité, Statistique de l’état annuel de la population (ESPOP) au 1er janvier jusqu’en 2010 et Statistique

A priori ces résultats devraient surprendre, puisqu’ils vont à l’encontre de la croyance que ce sont les villes devraient avoir le taux d’infraction le plus élevé. Or ces trois communes échappent à cette logique… en apparence ! Concernant Montagny et Allaman, la solution au problème réside dans le fait qu’elles abritent toutes deux d’importants centres commerciaux : Ikea, Migros, Jumbo, Coop, etc. Ce sont des centaines de milliers de client.e.s qui y vont chaque année. Or ces communes ont des populations relativement petites : 737 habitant.e.s pour Montagny, 443 habitant.e.s pour Allaman… En d’autres termes, ces valeurs extrêmes s’expliquent à la fois par la nature des activités commerciales, qui engendrent des vols et des plaintes, ET par la petite taille de la population de ces communes. Ainsi un autre biais potentiel quant à la lecture de la carte est révélé : il faut tenir compte de la taille des populations : un très faible nombre d’infractions commises peut déboucher sur un taux très élevé si la commune est très peu peuplée. C’est sans doute ce qui s’est passé en 2020 à Treytorrens : un taux de 144 pour 114 habitant.e.s. Cela signifie que 20 infractions y ont eu lieu. Peut-être un festival ? Une fête de jeunesse qui a mal tourné ? Des querelles de voisinages???

La même remarque peut être faite pour les autres niveaux de classement des données. Concernant les communes qui ont un taux supérieur à 50 (soit à peu près la moyenne cantonale) et inférieurs à 100, on retrouve un mélange assez hétéroclite de communes. D’une part, nous retrouvons les communes des agglomérations ou des villes : Lausanne et sa couronne, Vevey, Montreux, Payerne, Yverdon, Morges, Moudon, Nyon, Aigle, etc. Et d’autre part un ensemble de petites communes faiblement peuplées, dont les taux importants peuvent s’expliquer par le raisonnement que nous avons tenu ci-dessus. À l’inverse, les communes qui ont des taux inférieurs à la moyenne cantonale sont essentiellement des petites communes rurales ou situées en périphérie d’agglomération, à l’exception de quelques communes plus importantes et situées en agglomération comme Pully ou La Tour-de-Peilz.

Et donc quoi ? Les lausannois.es ou les veveysann.e.s seraient-ils plus criminogènes que les autres ? Ma foi non, puisque les données dont nous disposons permettent de localiser le lieu de l’infraction, mais non pas qui a commis l’infraction. Or les centres urbains attirent les populations des communes voisines tels des aimants : mobilités pendulaires pour le travail, loisirs (cinémas, musées, etc.), activités culturelles, centres commerciaux et achats, concerts, manifestations, monde de la nuit, etc. En d’autres termes, il n’est pas étonnant que les centres urbains aient des taux d’infraction plus élevés, puisqu’ils concentrent non seulement leurs propres populations, mais également la population des communes périphériques en certains temps et moments de l’année et de la journée. À cela s’ajoute une densité des postes de police et des effectifs policier bien supérieur à ce que l’on peut trouver dans les campagnes vaudoises… Si nous voulions aller encore plus loin, il faudrait s’intéresser aux caractéristiques socio-démographiques des villes. Les études en criminologie montrent en effet que, globalement, la potentialité de commettre une infraction dépend des variables suivantes (voir l’article magistral d’André Kuhn à ce sujet) : le sexe (très majoritairement masculin), l’âge (les 18-30 ans sont surreprésenté.e.s), le niveau socio-économique (les précaires sont surreprésenté.e.s), et le niveau de formation (corrélé au point précédent). La nationalité ? Elle n’explique tout simplement rien comparativement aux autres variables évoquées… mais par contre on peut signaler que les enquêtes de victimisation montrent qu’en Suisse se sont les étrangers et étrangères qui se sentent le moins en sécurité ! Or, la structure socio-démographique des villes, qui concentrent justement les catégories sociales évoquées ci-dessus, soit comme catégories résidentes, soit comme catégories qui « consomment » la ville, tend à expliquer également des chiffres plus élevés.

Mais au fait, parler de taux d’infraction au Code pénal de 50 ou de 100, c’est beaucoup ou c’est peu ? Comment le savoir ? Évidemment, en comparant les données. D’abord dans le temps. Et l’on constatera que le taux d’infraction est en constante diminution depuis une quinzaine d’année. Le taux cantonal a ainsi été divisé par 2 en quelques années, tendance qui se retrouve dans les communes centres comme Vevey ou Lausanne :

Ainsi, en utilisant le même classement de données que nous avons utilisé pour la carte de 2020, avec la même sémiologique graphique, nous pouvons comparer les deux cartes et observer les changements :

Concernant la baisse significative du taux d’infraction au code pénal, il convient là aussi de faire une analyse critique. Ce sont essentiellement les vols et les infractions contre le patrimoine qui ont baissé. Et la tendance n’est pas propre qu’au canton de Vaud : on retrouve ces tendances au niveau suisse et européen ! Concernant les crimes violents, ils sont stables ou à la baisse, à l’exception d’une infraction : les voies de faits. Soit les violences de peu de gravité. Une nouvelle fois, l’augmentation des voies de fait relève-t-elle d’une augmentation de celles-ci, ou d’une augmentation des plaintes ? Il semble que, globalement, nous vivions dans des sociétés qui sont beaucoup moins violente, mais également beaucoup moins tolérantes par rapport à la violence physique. Nous renvoyons ici aux travaux de Laurent Muchielli sur la France.

Mais plus encore, nous pouvons comparer avec d’autres territoires. Les seuls avec qui cela peut être fait de manière plus ou moins contrôlées sont les autres territoires suisses (villes, cantons) puisque la méthodologie de récolte des données est uniforme. L’OFS permet d’avoir une vision globale, par districts ou par cantons. Évidemment les mêmes critiques que nous avons formulé pour la carte du canton de Vaud restent valables pour cette carte-ci, qui compare donc, également, des pommes et des poires ; et il faut préciser que la légende n’est pas la même en l’occurrence :

Pour peu que nous possédions des données comparables avec les territoires d’autres pays, il y a fort à parier que, à ce moment, le canton de Vaud et ses communes apparaissent non plus dans un rouge inquiétant, plutôt dans un vert rassurant. Ici une représentation du taux de vols (dont on a vu qu’ils constituaient une part importante du taux d’infraction) au sein de l’Union européenne et des pays candidats ou potentiellement candidats à l’adhésion, entre 2016 et 2018 :

À ce stade, il convient de conclure. La carte à partir de laquelle nous sommes partis est-elle fausse ? Ment-elle ? Non, et d’autant moins que toutes les sources des données sont indiquées sur le site de l’Atlas statistique du canton de Vaud. Ainsi pour peu que l’on fasse l’effort de cliquer sur les bons liens, l’essentiel du raisonnement fait ici peut potentiellement être fait par tout un chacun. Néanmoins, qui va le faire ? La somme de lecture et de savoirs à acquérir, de temps à passer pour le faire, apparait soit comme rédhibitoire, soit comme inaccessible à beaucoup de citoyen.e.s. D’où l’importance à mon sens d’une éducation à la cartographie qui permettent aux élèves d’avoir les réflexes critiques nécessaires devant une carte thématique : qui est l’auteur ? D’où tirent-ils ses données ? Que signifient précisément les données qui sont représentées ? Comment sont-elles socialement construites ? Comme sont-elles statistiquement classées ? Comment sont-elles géographiquement classées ? Quels sont les biais induits par les classements statistiques et géographiques ? Non, la carte initiale ne ment pas. Par contre, à défaut de présenter explicitement toutes ses limites, elle met littéralement dans la tête des lecteurs une représentation partielle et partiale de la réalité. Représentation partielle et partiale par rapport à laquelle le raisonnement de déconstruction prend du temps et des efforts. Et c’est le rôle du cartographe que d’explicité un maximum à la fois les avantages et surtout les limites de ses représentations cartographiques, afin de faire d’une carte un outil adapté pour questionner de manière adéquate et honnête la réalité sociale, et non pas un outil de déformation et de renforcement des préjugés. Pour plus de réflexions sur la cartographie thématique et ses enjeux, il me parait ici important de signaler le blog CARNET (NEO)CARTOGRAPHIQUE, qui est une mine d’or en terme de réflexions et d’épistémologie sur les cartes thématiques.

En guise de conclusion finale, on peut s’amuser à établir une série de représentations des infractions au code pénal, qui sont toutes plus « vraies » les unes que les autres ; mais qui n’ont pas vraiment le même message sémiologique… :